Sommaire :
- Les principales erreurs qui compromettent une candidature à l’Innovation Fund
- 1. Rupture insuffisante avec l’état de l’art
- 2. Faible maturité de projet
- 3. Une quantification imprécise de l’impact climatique et de l’efficacité-coût
- 4. Une équipe ni pluridisciplinaire ni suffisamment disponible
- 5. Une préparation engagée trop tardivement
- Comment european economics accompagne-t-il ses clients dans leur candidature à l’Innovation Fund ?
Les principales erreurs qui compromettent une candidature à l’Innovation Fund
L’Innovation Fund offre des niveaux de soutien particulièrement élevés. Mais obtenir ce financement reste difficile.
L’Innovation Fund est le programme phare de l’Union européenne pour financer le déploiement industriel des technologies innovantes bas-carbone. Financé par les revenus que l’Union européenne tire de la vente de quotas d’émission de CO₂ sur le marché carbone européen (EU ETS), il mobilise désormais plusieurs milliards d’euros de financement à chaque cycle d’appels : les appels lancés en 2025 et clôturés en 2026 ont ainsi mis à disposition 5,2 milliards d’euros dont 2,9 milliards d’euros sous forme de subventions directes au titre de l’appel général à la décarbonation et 2,3 milliards d’euros via les enchères consacrées à l’hydrogène et à la chaleur industrielle. Le fonds peut apporter un soutien financier substantiel aux projets sélectionnés en prenant en charge jusqu’à 60 % de leurs surcoûts nets, c’est-à-dire la différence de coût entre le déploiement de la technologie innovante et celui de la solution conventionnelle qui aurait pu être déployée à sa place.
Cette capacité de financement s’accompagne toutefois d’une forte sélectivité. À titre d’illustration, l’appel IF24 Net-Zero Technologies n’a initialement retenu que 61 projets sur 359 candidatures, soit un taux de sélection d’environ 17 %. Sur ces 359 candidatures, 291 ont passé le contrôle d’admissibilité et d’éligibilité et ont été évaluées sur le fond ; c’est à cette base de 291 projets que se rapportent les taux d’élimination par critère cités ci-après. Dans ce contexte, disposer d’une technologie prometteuse ne suffit pas : une candidature doit articuler de manière cohérente innovation technologique, impact climatique, efficacité-coût, maturité technologique, maturité financière, maturité opérationnelle et réplicabilité.
Or les erreurs les plus pénalisantes ne tiennent pas toujours à la qualité intrinsèque du projet. Elles résultent souvent de la manière dont celui-ci est préparé et présenté : degré d’innovation insuffisamment démontré, notamment au regard de l’état de l’art, manque de robustesse des hypothèses économiques, calcul de réductions de GES non conforme aux exigences de la méthodologie de l’Innovation Fund, incohérences entre les différentes parties du dossier, une équipe de préparation de la candidature sous-dimensionnée, ou encore une préparation engagée trop tardivement.
En s’appuyant sur l’enquête publiée auprès des candidats par la Commission européenne et CINEA, ainsi que sur l’expérience de european economics acquise sur 18 candidatures depuis 2020, cet article recense les 5 erreurs les plus fréquentes qui fragilisent une candidature à l’Innovation Fund et les moyens de les éviter.
1. Rupture insuffisante avec l’état de l’art
Le degré d’innovation par rapport à l’état de l’art européen constitue une première barrière à franchir dans l’évaluation d’une candidature à l’Innovation Fund.
Le degré d’innovation est évalué en premier dans le cadre du « cascade approach » : une candidature qui n’atteint pas le seuil requis n’est pas examinée au titre des critères suivants. Lors de l’appel IF24, 14 projets sur les 291 évalués ont ainsi été éliminés à ce stade, notamment faute d’avoir suffisamment démontré leur différenciation par rapport à l’état de l’art. S’il représente environ 20 % du score pour les projets de décarbonation générale, soit un poids comparable à celui des autres critères, sa pondération peut atteindre près de 30 % pour certaines catégories, comme le Cleantech manufacturing, où il figure, avec la maturité du projet, parmi les dimensions les plus fortement pondérées.
L’une des erreurs les plus pénalisantes consiste à affirmer le caractère innovant du projet sans l’identifier ni le justifier suffisamment par des éléments crédibles. Les retours d’expérience de l’Innovation Fund mettent notamment en évidence trois faiblesses fréquentes : un état de l’art insuffisamment développé, des affirmations peu étayées et des incohérences entre les différents documents de la candidature.
Pour être convaincant, un projet doit définir de manière claire, exhaustive et transparente l’état de l’art européen, puis expliquer précisément en quoi le projet le dépasse. Cette démonstration doit reposer sur des éléments substantiels et vérifiables, tels que des données de performance, des comparaisons technologiques, des résultats d’essais, des études de faisabilité ou des références à des projets comparables.
La cohérence du dossier est tout aussi importante : les hypothèses et arguments présentés dans la partie narrative doivent être alignés avec les annexes techniques et, lorsque cela est pertinent, avec l’étude de faisabilité. L’enjeu n’est donc pas de présenter systématiquement le projet comme une innovation de rupture, mais de démontrer de façon rigoureuse, documentée et cohérente où se situe l’innovation et pourquoi elle dépasse l’état de l’art européen.
2. Faible maturité de projet
La maturité du projet est un facteur décisif pour la candidature à l’Innovation Fund. La maturité attendue est à la fois technique, financière et opérationnelle, et chacune de ces dimensions doit être étayée. Un projet dépourvu d’analyses démontrant sa solidité sur ces trois plans compromet ses chances.
Le volet financier demeure néanmoins le facteur le plus discriminant. Interrogés par la Commission, les candidats désignent la maturité financière comme la partie la plus exigeante du dossier, 45 % la jugeant « très » ou « extrêmement » difficile. Cette difficulté se retrouve dans les résultats de l’évaluation : lors de l’appel IF24, 92 projets sur 291 ont échoué sur le volet financier, contre 37 sur le volet technique et 19 sur le volet opérationnel. L’enjeu consiste à démontrer la capacité du projet à être financé par des banques ou des investisseurs au regard de sa rentabilité attendue. En pratique, un business plan financièrement cohérent ne suffit donc pas. Un dossier solide repose sur des éléments tangibles : une structure claire de fonds propres et de dette, des investisseurs engagés, des échanges avancés avec les établissements bancaires et des accords avec des acheteurs (off-takers), formalisés par des lettres d’intention (LOI), des protocoles d’accord (MoU) ou des contrats préliminaires. Les candidats à l’Innovation Fund ont parfois tendance à négliger l’importance de ces accords, ce qui peut compromettre le succès de la candidature.
Sur le plan technique, l’enjeu est différent : il s’agit de démontrer la faisabilité du projet. Les principales faiblesses observées tiennent à des risques techniques mal identifiés, des mesures de mitigation insuffisantes, des données ou preuves peu robustes, ou encore une stratégie trop peu détaillée pour atteindre les performances annoncées. Un niveau de maturité technologique (TRL) élevé ne suffit donc pas : le candidat doit démontrer, preuves à l’appui, que la technologie peut atteindre de manière crédible les objectifs visés.
Sur le plan opérationnel, l’erreur consiste à surestimer le degré de préparation du projet. Des permis encore insuffisamment avancés, des fournisseurs critiques non sécurisés, un calendrier trop optimiste ou des dépendances au site mal maîtrisées peuvent compromettre la capacité à construire et mettre en service le projet dans les délais annoncés. La candidature doit donc démontrer que les principales conditions concrètes d’exécution sont suffisamment avancées et que les risques opérationnels ont été identifiés et maîtrisés.
L’expérience de european economics montre ainsi qu’un projet encore trop mouvant constitue un signal de maturité insuffisante : lorsque des paramètres structurants comme la capacité, le procédé, le CAPEX ou le calendrier évoluent encore pendant la préparation, ils fragilisent la cohérence du dossier car il devient plus difficile de produire des démonstrations solides et de les étayer par des études, des données ou des engagements externes. À l’inverse, des hypothèses stabilisées et documentées renforcent la crédibilité de la trajectoire vers le financial close, la construction et la mise en service. Sur ces trois volets, plus le niveau de maturité du projet est élevé, plus le projet aura des chances d’être sélectionné.
3. Une quantification imprécise de l’impact climatique et de l’efficacité-coût
L’Innovation Fund accorde une grande importance aux réductions de CO₂ documentées lors de la candidature ; il s’agit, après la maturité financière, de la partie du dossier jugée la plus exigeante par les candidats. Cette difficulté se reflète dans les résultats de l’évaluation : lors de l’appel IF24, 15 projets sur les 291 évalués ont échoué sur le critère relatif au calcul des émissions de GES. Deux erreurs y sont récurrentes :
La première est une mauvaise définition du scénario contrefactuel, c’est-à-dire de la situation de référence à laquelle les émissions du projet sont comparées. Un scénario contrefactuel non conforme aux lignes directrices de l’Innovation Fund, ou insuffisamment justifié, peut conduire à surestimer ou sous-estimer les réductions de GES et fragiliser directement le score climatique du projet.
La seconde concerne l’efficacité-coût, définie comme le rapport entre la subvention demandée et la tonne de CO₂ évitée. Un montant excessif au regard des émissions évitées rend ce ratio peu compétitif ; à l’inverse, une surestimation des réductions attendues expose le projet à une révision à la baisse de l’aide, une part importante de la subvention étant conditionnée à l’atteinte effective des résultats. L’ambition affichée doit donc demeurer réaliste.
4. Une équipe ni pluridisciplinaire ni suffisamment disponible
Une candidature Innovation Fund requiert simultanément des expertises techniques, financières, opérationnelles, environnementales et réglementaires. L’entreprise candidate doit à ce titre constituer, en interne, une équipe spécifiquement dédiée au projet, à la fois pluridisciplinaire et disponible. Il est recommandé de mobiliser au minimum quatre personnes sur le projet : un expert technique, un expert financier, un responsable opérationnel et un responsable de projet chargé de coordonner la candidature. Confier cette mission à une seule personne, ou à des collaborateurs déjà pleinement mobilisés par d’autres priorités, expose la candidature à un traitement incomplet ou tardif des informations requises.
Les données de la Commission illustrent l’ampleur de l’effort attendu : la préparation d’une candidature mobilise en moyenne six équivalents temps plein, et jusqu’à huit pour les projets de grande échelle. Le volume documentaire l’explique : le dossier comprend un formulaire hautement structuré, une partie narrative complète, plusieurs annexes exigeantes, telles que le plan de financement et l’étude de faisabilité, ainsi que deux calculateurs Excel (le GHG Calculator, qui quantifie les émissions de gaz à effet de serre évitées par le projet, et le Relevant Costs Calculator, qui détermine les surcoûts nets éligibles associés au déploiement de la technologie innovante). L’ensemble est susceptible de représenter plusieurs centaines de pages. Dimensionner en conséquence l’équipe projet dès le lancement de la démarche constitue à ce titre un facteur clé de réussite.
5. Une préparation engagée trop tardivement
L’engagement tardif du travail de préparation constitue une erreur fréquente. Il est recommandé d’entamer ce travail plusieurs mois avant l’ouverture de l’appel, idéalement dès le mois de septembre pour l’appel de l’année suivante. Cette anticipation est justifiée par l’ampleur de la tâche : la préparation d’une candidature demande en moyenne 13 semaines, et jusqu’à 52 pour les dossiers les plus complexes. Les éléments les plus déterminants requièrent un temps de préparation considérable et ne sauraient être traités dans l’urgence.
À cette anticipation s’ajoute une exigence de continuité : une rédaction menée par à-coups nuit à la cohérence d’ensemble du dossier et donc à la réussite de la candidature.
Ces 5 erreurs ont en commun de ne pas relever de la nature du projet lui-même, mais de la manière dont il est préparé et démontré. Elles peuvent donc, pour l’essentiel, être évitées. Dans un programme dont le taux de succès de l’appel 2024 s’établit à environ 17 %, la qualité de la préparation constitue ainsi le principal facteur différenciant entre les candidatures.
Comment european economics accompagne-t-il ses clients dans leur candidature à l’Innovation Fund ?
Depuis 2009, european economics accompagne les entreprises dans l’obtention de financements publics nationaux et européens et dans la notification des aides d’État. Depuis 2020, nos équipes ont accompagné 18 candidatures à l’Innovation Fund, dont 6 ont été retenues, soit un taux de succès de 33 %, plus du double du taux de succès cumulé du programme, d’environ 15,5 %. Les projets lauréats accompagnés par european economics ont obtenu une subvention moyenne de 91 M€, contre 69 M€ pour les autres projets lauréats. Nos équipes interviennent à chaque étape de la démarche : analyse du positionnement du projet par rapport à l’état de l’art européen, structuration du plan de financement et des preuves de maturité, calcul des réductions de GES et des surcoûts nets, rédaction du dossier et suivi des échanges avec CINEA.
Contactez-nous pour sécuriser votre candidature et maximiser vos chances de succès à l’Innovation Fund.
Article rédigé par l’équipe de consultants de european economics.
