Mobilité

Vers une souveraineté industrielle européenne

La transition vers une mobilité décarbonée est au cœur du Green Deal européen. L’électrification des transports routiers, maritimes et ferroviaires, combinée au déploiement massif des énergies renouvelables, exige une industrie européenne des batteries compétitive et résiliente.

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La transition vers une mobilité décarbonée est au cœur du pacte vert européen. L’électrification des transports routiers, maritimes et ferroviaires, ainsi que le développement de solutions fondées sur l’hydrogène renouvelable, combinée au déploiement massif des énergies renouvelables, nécessitent des chaînes de valeur industrielles européennes compétitives et résilientes, notamment dans le domaine  des batteries. exige une industrie européenne des batteries compétitive et résiliente.

Elle s’accompagne également de l’essor des véhicules connectés, qui mobilisent des infrastructures numériques, des capacités de traitement des données et des standards technologiques, renforçant les enjeux de souveraineté, de cybersécurité et de maîtrise des écosystèmes industriels associés.

La mobilité constitue aujourd’hui l’un des axes centraux de la transition économique et industrielle européenne. À la croisée des objectifs climatiques, des enjeux de souveraineté technologique et de la compétition mondiale pour les technologies propres, elle concentre des investissements massifs et des choix structurants pour les décennies à venir.

Le transport représente environ 31 % des émissions totales de gaz à effet de serre dans l’UE-27 en 2023 (EEA, 2025), en incluant aviation et transport maritime international, ce qui en fait l’un des principaux leviers de la neutralité climatique. En 2024, les émissions du secteur ont atteint environ 1,05 milliard de tonnes de CO2 (T&E, 2025), illustrant l’ampleur du défi de décarbonation.

Cette transformation concerne en priorité le transport routier, qui représente près de 73 % des émissions du secteur (EEA, 2025), tandis que près de 78 % du fret intérieur européen est transporté par route (T&E,2025). Dans ce contexte, la transition vers des technologies bas carbone s’accélère : en 2024, 14,5 % des nouvelles voitures immatriculées dans l’Union étaient déjà des véhicules zéro émission (EC, 2024).

Transformations industrielles et technologiques

La décarbonation des transports ne se limite pas à l’électrification des véhicules. Elle implique une transformation profonde des chaînes de valeur industrielles (batteries, hydrogène, matériaux critiques, infrastructures énergétiques) ainsi qu’une modernisation coordonnée des réseaux routiers, ferroviaires et portuaires.

Parallèlement, l’industrie automobile demeure un pilier économique majeur, avec plus de 10 millions d’emplois directs et indirects dans l’Union européenne (EEA, 2026).

En outre, la mobilité connectée et automatisée (CAV) est un levier stratégique pour l’Europe, au croisement des objectifs de décarbonation, de sécurité routière et de compétitivité industrielle. Selon la Commission européenne, la CAV vise à rendre les systèmes de transport plus sûrs, plus propres, plus efficaces et intégrés grâce à l’adoption de technologies numériques, de capteurs et de communications véhicules‑infrastructures (EC, 2024). En optimisant les flux de circulation et en intégrant les véhicules électriques et à hydrogène, les CAV, combinés aux vehicules électriques, ont le potentiel de réduire les émissions  (Willmer, 2025) tout en stimulant l’innovation dans les logiciels embarqués, les composants électroniques et les infrastructures intelligentes (EC, 2026). Leur développement renforce l’autonomie technologique de l’Union européenne et ouvre de nouvelles opportunités économiques dans les services de mobilité et la gestion intelligente des réseaux.

Dans ce contexte, les défis du secteur dépassent la seule dimension environnementale. Ils engagent la résilience industrielle de l’Union européenne, sa capacité à attirer et sécuriser les investissements stratégiques, ainsi que sa position dans la compétition internationale pour les technologies bas-carbone.

Techniciens assemblant des véhicules électriques (mobilité, énergie, batterie)

Techniciens assemblant des véhicules électriques

Quels sont les défis majeurs du secteur de la mobilité en Europe ?

Ces défis majeurs accroissent la vulnérabilité stratégique du continent européen et limitent sa capacité à atteindre ses objectifs de neutralité carbone.

    • Dépendance aux matières premières critiques : La transition vers l’électromobilité entraîne une hausse structurelle de la demande en lithium, cobalt, nickel et terres rares. Or, l’Union européenne demeure fortement dépendante de pays tiers pour le raffinage et le traitement de ces ressources, notamment la Chine, qui concentre environ 90 % des capacités de traitement des terres rares et 60 % du lithium (Reuters, 2023). Cette dépendance expose l’industrie européenne à des risques géopolitiques, à une volatilité accrue des prix et à d’éventuelles ruptures d’approvisionnement. La question des matières premières est ainsi devenue un enjeu de souveraineté industrielle.
    • Concurrence internationale et distorsions de compétitivité : La transition énergétique s’accompagne d’une intensification des politiques industrielles dans les grandes économies. La Chine bénéficie d’une avance industrielle consolidée par des subventions publiques massives (ITIF, 2024). Les États-Unis, via l’Inflation Reduction Act (IRA, 2022), ont mobilisé 369 milliards de dollars de subventions directes et de crédits d’impôt pour attirer les investissements dans les gigafactories de batteries pour véhicules électriques (UN Trade and Development, 2022). Dans ce contexte, l’Europe fait face à un risque de perte d’investissements et à une concurrence accrue sur les chaînes de valeur stratégiques.
    • Passage à l’échelle industrielle et risques d’exécution : Le passage de l’ambition stratégique à la capacité industrielle constitue un défi majeur. La mise en service de gigafactories en Europe, comme Northvolt en Suède ou ACC en France et en Allemagne, nécessite des investissements de plusieurs milliards d’euros, une coordination publique étroite et une maîtrise technologique complète. La faillite de Northvolt en mars 2025, suivie du rachat de ses actifs par la startup américaine Lyten, qui prévoit une relance en 2026 (Reuters, 2025), illustre la fragilité de certains projets. Selon Transport & Environment (2025), près de 68 % de la capacité de production potentielle de batteries en Europe (1,2 TWh sur 1,8 TWh planifiés) est à risque d’être retardée, réduite ou non réalisée sans action supplémentaire (financement, autorisations, cadre politique).
    • Transformation des segments lourds et contraintes d’infrastructure : La stratégie européenne pour une mobilité durable et intelligente (European Commission, 2020) prévoit une réduction de 90 % des émissions du transport d’ici 2050 et implique une transformation systémique des transports routier, ferroviaire et maritime. Cette transition ne repose pas uniquement sur le déploiement de véhicules à faibles émissions, mais également sur le développement d’infrastructures pour carburants alternatifs, notamment la recharge électrique et l’hydrogène, ainsi que sur la modernisation et l’électrification des réseaux, en cohérence avec les objectifs du paquet Fit for 55 et du règlement sur les infrastructures pour carburants alternatifs. La décarbonation repose ainsi sur une adaptation coordonnée des véhicules, des infrastructures et des systèmes énergétiques.
    • Circularité et sécurisation des ressources secondaires : Près de la moitié (49 %) des batteries portables et accumulateurs vendus dans l’UE ont été collectés en vue du recyclage en 2022 (Eurostat, 2024). Au-delà de la gestion environnementale, le développement d’une économie circulaire constitue un levier stratégique pour sécuriser des approvisionnements secondaires, réduire la dépendance externe et améliorer l’empreinte carbone de la chaîne de valeur.
    • Hydrogène, compétitivité et maturité industrielle : L’hydrogène bas-carbone est identifié comme un complément stratégique à l’électrification, notamment pour les usages lourds et longue distance.

      Sa compétitivité dépend de l’accès à une électricité décarbonée abondante, du déploiement d’électrolyseurs à grande échelle et d’infrastructures adaptées (transport, stockage, stations), ainsi que de la maturité industrielle des technologies de mobilité hydrogène (piles à combustible, réservoirs, chaînes de traction) (European Commission, IPCEI Hydrogen, 2022–2024). Le défi réside dans le passage du stade démonstrateur à une industrialisation compétitive.

    • Technologique et infrastructures : Le déploiement des CAV en Europe requiert des systèmes fiables et sécurisés ainsi que des infrastructures intelligentes capables de soutenir la communication en temps réel entre véhicules et réseaux (V2X). L’absence de normes communes, la nécessité de réseaux robustes et les défis de cybersécurité demeurent des obstacles importants à une adoption à grande échelle. Des initiatives comme le projet SELFY, financé par l’UE pour renforcer la cybersécurité des véhicules connectés , illustrent ces enjeux technologiques cruciaux pour la mobilité coopérative et automatisée en Europe (CORDIS, 2025).
    • Réglementaire et légal : Un cadre juridique européen harmonisé fait défaut pour l’homologation des CAV, la responsabilité en cas d’incident et la gouvernance des données. Les politiques européennes recommandent explicitement l’établissement d’un cadre commun pour les tests, l’approbation et la transparence des algorithmes d’IA, ainsi que des standards V2X fiables à l’échelle de l’UE. Ces régulations sont essentielles pour réduire la fragmentation entre États membres et faciliter la commercialisation de solutions CAV fiables et sûres (Roadview, 2025).

Quelles initiatives européennes structurent ce secteur ?

Par le passé, plusieurs Projets Importants d’Intérêt Européen Commun (IPCEI) ont contribué à structurer les chaînes industrielles stratégiques liées à la mobilité.

  • IPCEI Batteries (2019 et 2021) : d’abord, lancer en 2019, puis étendue en 2021, cet IPCEI à constituer l’un des principaux instruments industriels européen dans ce domaine. Les deux vagues d’IPCEI ont mobilisé un financement public de plus de 6,1 milliards d’euros, déclenchant plus de 14 milliards d’euros d’investissements privés. Ces projets couvrent l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’extraction au recyclage (European Commission, 2021).
  • IPCEI Hydrogène (Hy2Tech, Hy2Use, Hy2Infra, Hy2Move, 2022-2024) : dans la continuité, l’union européenne a structuré la filière hydrogène à travers plusieurs vagues d’IPCEI dédiées, qui visent à accélérer le développement technologique, le premier déploiement industriel (FID) des innovations de rupture et le déploiement d’infrastructures transfrontalières, avec un volet explicitement lié à la mobilité (IPCEI Hy2Move), couvrant le développement du transport, lourd, maritime ou aérien (European Commission, IPCEI Hydrogen value chain, 2022–2024).

Dans la continuité des initiatives IPCEI existantes, de nouveaux IPCEI sont envisagés afin de renforcer les priorités stratégiques de l’union européenne :

  • IPCEI Clean, Connected & Autonomous Vehicles (IPCEI CCAV) : initiative IPCEI en cours de structuration au niveau européen, visant à développer les technologies et chaînes de valeur associées aux véhicules propres, connectés et autonomes (European Commission, JEF‑IPCEI, 2025).
  • IPCEI Circular Advanced Materials (IPCEI CAM) : IPCEI « candidat » dédié aux matériaux avancés et circulaires pour les technologies propres, afin d’accélérer l’innovation, l’industrialisation et la circularité le long de la chaîne de valeur des matériaux (European Commission, Design Support Hub / JEF‑IPCEI, 2024).
  • IPCEI Critical Raw Materials (IPCEI CRM) : initiative IPCEI en cours d’identification visant à renforcer l’accès, le traitement, la substitution et le recyclage des matières premières critiques, essentielles aux batteries, à l’hydrogène et aux énergies renouvelables (European Commission, JEF‑IPCEI, 2025).

Au-delà des IPCEI, d’autres initiatives à l’échelle européenne figurent également parmi les priorités :

  • European Battery Alliance (EBA, 2017) : fédère plus de 800 acteurs industriels et institutionnels pour développer une filière compétitive à l’échelle européenne.
  • Net-Zero Industry Act (2023) : identifie les batteries parmi les technologies stratégiques pour la neutralité carbone et soutient les projets de gigafactories.
  • Critical Raw Materials Act (2023) : règlement visant à sécuriser l’approvisionnement en lithium, cobalt, nickel et autres matières premières critiques nécessaires aux batteries, à l’hydrogène et aux énergies renouvelables. Il renforce les capacités de l’UE sur l’ensemble de la chaîne de valeur (production, traitement, recyclage) et fixe des objectifs 2030 : extraire au moins 10 % des besoins annuels de l’UE, traiter au moins 40 % et recycler au moins 25 %
  • Connecting Europe Facility (CEF Transport) : financement d’infrastructures ferroviaires et portuaires durables, incluant électrification des lignes et ports à faibles émissions, pour faciliter la transition vers une mobilité multimodale décarbonée (European Commission, CEF Transport).
  • Horizon Europe – Cluster 5 : programme de R&D pour financer les projets à faible, maturité dans les domaines de transports intelligents et durables, couvrant trains à batterie, navires hybrides et logistique verte.
  • LIFE Programme : soutien aux projets environnementaux, incluant ports verts, navires à faible émission et démonstrateurs de mobilité urbaine durable.
  • Innovation Fund : financement de projets pilotes et de bring to market de démonstration pour la décarbonation des transports, des batteries et des infrastructures.

Comment european economics accompagne les acteurs de la mobilité et des batteries ?

european economics met son expertise au service des industriels de la mobilité et de l’énergie en intervenant à chaque étape du développement de projets.

  • Identification des financements publics adaptés et déploiement d’une stratégie de financement intégrée, combinant plusieurs guichets publics, pour les projets les plus ambitieux,
  • Structuration et préparation des projets pour répondre aux exigences des dispositifs (innovation, retombées économiques),
  • Suivi des démarches administratives et réglementaires auprès des autorités européennes et nationales.

Notre équipe a déjà contribué au succès de nombreux projets de grande ampleur dans la filière de la mobilité et des batteries, en sécurisant des financements publics pour plusieurs milliards d’euros au profit de nos clients.

Conclusion

La mobilité décarbonée, connectée et automatisé l’un des piliers de la stratégie industrielle européenne.

Face à une concurrence mondiale intense et à des défis structurels majeurs, l’Europe doit accélérer ses investissements et renforcer sa souveraineté.

Grâce à son expérience dans l’accompagnement de projets financés dans la chaîne de valeur batteries et mobilité, european economics offre à ses clients une expertise unique pour transformer ces défis en opportunités industrielles et technologiques.